Alpine a ajouté une nouvelle déclinaison à sa gamme A110 : la Turini. Un nom qui parle à tous ceux qui suivent le Monte-Carlo et qui aiment les routes de montagne bien serrées. Mais derrière ce badge, qu’est-ce qu’on a vraiment ? Une vraie évolution ou surtout du marketing ?
Je te propose un essai détaillé, côté sensations, efficacité et usage au quotidien, avec un regard très concret : ce que ça change par rapport aux autres A110, ce que ça coûte en entretien, et à qui ce modèle s’adresse vraiment.
Alpine A110 Turini : c’est quoi exactement ?
La Turini, c’est une A110 qui se situe entre la version de base et les variantes plus radicales comme la S ou la R. L’idée : garder la philosophie légère et joueuse de l’A110, mais avec un look un peu plus sportif et un équipement ciblé pour le plaisir de conduite sur route.
Concrètement, la Turini reprend :
- Le moteur 1.8 turbo de 252 ch (comme l’A110 de base)
- La boîte automatique à double embrayage à 7 rapports (EDC)
- Le poids plume autour de 1 100 kg (variable selon options)
- La propulsion, bien sûr, avec moteur en position centrale arrière
Ce qui change, ce sont surtout les réglages et la présentation :
- Des jantes spécifiques (généralement en 18 pouces), d’inspiration rallye
- Un châssis orienté route de montagne : précis mais pas cassant
- Une ambiance un peu plus sportive dans l’habitacle selon les packs
- Un positionnement « plaisir conducteur » assumé, mais sans tomber dans l’extrême
Sur le papier, on a donc une A110 pensée pour enchaîner les virages, sans renoncer au confort minimal pour rouler tous les jours. C’est ce qu’on va vérifier sur route.
Design et vie à bord : sobre, compacte, efficace
Visuellement, la Turini ne cherche pas à en faire trop. Ce n’est pas une A110 R avec ailerons de course, mais elle a un côté plus agressif que le modèle d’entrée de gamme.
Au premier coup d’œil, ce qui retient l’attention :
- Une silhouette toujours aussi compacte et ramassée
- Les roues qui remplissent bien les passages d’ailes
- Des détails qui rappellent le rallye (jantes, badging, parfois déco spécifique selon série)
Côté habitacle, on reste dans l’esprit Alpine : épuré, orienté conducteur, sans surenchère techno. Si tu cherches un grand écran partout et 50 assistants électroniques, tu n’es pas au bon endroit.
Ce qu’on retrouve à bord :
- Des sièges baquets bien enveloppants (plus ou moins fermes selon les options)
- Une position de conduite basse et très centrale, presque « collée » à la route
- Un volant compact, agréable en prise en main, avec commandes limitées
- Une instrumentation claire, sans gadget superflu
Ergonomie générale : on s’y fait très vite. Les seuls points à savoir avant d’acheter :
- Accès à bord un peu bas : ce n’est pas idéal si tu as des problèmes de dos ou si tu montes/descends souvent
- Rangement limité : c’est une voiture plaisir, pas une familiale
- Volume de coffre symbolique, même s’il y a un peu d’espace à l’avant et à l’arrière
En résumé : tout est pensé pour la conduite, pas pour déménager ou partir à quatre au ski.
Sur route au quotidien : plus facile que ce que l’on croit
On imagine souvent ce genre de voiture comme inutilisable au quotidien. Ce n’est pas le cas de l’A110 Turini. Elle reste étonnamment civilisée.
En ville et en usage normal :
- La boîte EDC est douce en mode Normal, idéale dans le trafic
- La direction est légère à basse vitesse, ce qui évite le côté « camion de course »
- Le rayon de braquage est correct pour une sportive de ce type
- Les suspensions restent fermes mais pas dures au point de secouer les vertèbres
Tu peux faire tes trajets boulot avec. Est-ce que c’est optimal ? Non : visibilité arrière moyenne, voiture assez basse, attention aux trottoirs. Mais ce n’est pas une punition non plus.
Sur route nationale ou voie rapide :
- Le moteur 1.8 turbo offre des reprises largement suffisantes pour doubler sereinement
- Le bruit à bord reste supportable : présence moteur oui, bourdonnements non
- Le châssis inspire confiance : la voiture est vive mais jamais floue
On est loin d’une sportive extrême qui t’épuise au bout de 50 km. La Turini garde ce côté grand tourisme léger qui fait la force de l’A110.
Sur les petites routes : là où la Turini prend tout son sens
C’est sur une route typée col de montagne, revêtement moyen, enchaînement de virages serrés, que la Turini montre ce qu’elle a dans le ventre. Dans ce cadre, c’est simple : elle est dans son élément.
Ce qui frappe en premier, c’est le poids. Ou plutôt l’absence de poids.
À l’attaque sur petite route :
- La voiture change d’appui très vite, sans inertie
- Le train avant est précis et mord bien à l’entrée de virage
- La propulsion te permet de « pousser » la voiture en sortie, avec un arrière vivant mais sain
- Les mouvements de caisse sont contenus, mais pas au point de devenir inconfortables
Tu peux rouler vite, mais surtout tu peux tout exploiter, ce qui est rarement le cas avec des voitures plus lourdes et plus puissantes. Tu n’as pas la sensation de conduire une bombe incontrôlable. Tu as l’impression d’être aux commandes d’un outil fin et affûté.
En mode Sport, la boîte devient plus réactive, garde les rapports plus longtemps, et le moteur se montre plus présent. Ça reste gérable, même pour un conducteur « normal » qui n’a pas 10 journées de circuit par an au compteur.
Là où la Turini se distingue vraiment, c’est dans sa capacité à garder du confort malgré le rythme. Sur une route bosselée, elle ne saute pas dans tous les sens. Ça ne t’oblige pas à lever le pied dès que le bitume n’est plus parfait.
Moteur, boîte, performances : ce que ça donne en vrai
Sur le papier, 252 ch, ce n’est plus impressionnant aujourd’hui, surtout à une époque où certaines compactes dépassent les 300 ch. Mais le papier ne parle pas du poids.
Avec un peu plus de 1 100 kg, la Turini offre un excellent rapport poids/puissance. Résultat :
- 0 à 100 km/h autour de 4,5 à 4,7 s selon les conditions
- Relances très vives entre 60 et 140 km/h
- Sensation de légèreté permanente à l’accélération
Le 1.8 turbo a un caractère plutôt linéaire, mais il pousse bien dès les mi-régimes. Pas besoin d’aller taper le rupteur en permanence pour avancer. C’est efficace, surtout sur route.
La boîte EDC à 7 rapports :
- En mode Normal : elle privilégie la souplesse, passe vite les rapports, bon pour la conso
- En mode Sport : rétrogradages plus vifs, maintien du rapport dans les virages, réponses plus directes
- En manuel avec les palettes : c’est là qu’on s’amuse vraiment, tu choisis, elle exécute
Est-ce qu’on aurait envie d’une boîte manuelle ? Probablement, pour le plaisir pur. Mais dans les faits, sur route, la boîte EDC fait très bien le job, et permet de mieux se concentrer sur les trajectoires et le freinage.
Châssis, freins, pneus : la vraie force de cette Turini
La magie de l’A110, c’est son châssis. La Turini ne fait pas exception. On est sur un compromis très bien trouvé entre précision, agilité et tolérance.
Côté châssis :
- Un équilibre très neutre : ni sous-vireur, ni survireur « méchant »
- Un arrière qui bouge un peu si tu provoques, mais toujours avec des réactions progressives
- Une direction directe sans être ultra dure, avec suffisamment de retour d’info
C’est clairement une voiture qui te met en confiance. Même si tu n’es pas pilote, tu peux trouver un bon rythme sans avoir peur à chaque virage.
Les freins :
- Puissance de freinage largement suffisante pour un usage route
- Endurance correcte, mais comme toujours, si tu enchaînes les descentes de col très agressives, il faudra lever un peu le pied
- Sensation à la pédale plutôt progressive, pas de « on/off » brutal
Les pneus jouent beaucoup aussi. Ils sont dimensionnés pour un bon compromis entre grip et usage quotidien. Si tu veux faire beaucoup de circuit, il faudra sans doute passer sur une monte plus adaptée, mais sur route, la configuration d’origine est cohérente.
Confort, bruit, consommation : peut-on voyager avec ?
Tu ne vas pas partir à 4 en vacances avec bagages, on est d’accord. Mais pour un week-end à deux ou une virée dans les Alpes, la Turini s’en sort bien.
Confort :
- Suspensions fermes mais pas « tape-cul »
- Sièges qui maintiennent bien, mais à essayer si tu es grand ou large d’épaules
- Vibrations maîtrisées, même sur long trajet
Bruit :
- Présence moteur marquée, surtout à l’accélération, mais pas assourdissante
- Isolation correcte des bruits d’air jusqu’aux vitesses légales sur autoroute
- Certains apprécieront ce côté « vivant », d’autres trouveront ça un peu fatigant sur plusieurs heures
Côté consommation, si tu roules normalement, tu peux rester entre 7,5 et 9 L/100 km selon le mix ville/route/autoroute. En attaque sur petites routes, tu montes facilement au-dessus de 10 L. Ce n’est pas une citadine diesel, mais pour une sportive de ce type, c’est très raisonnable.
Entretien, coût d’usage, points de vigilance
Une A110 Turini, ce n’est pas qu’un achat coup de cœur : il faut aussi penser à l’entretien. Globalement, on est sur un véhicule moderne avec une mécanique connue (1.8 turbo issu de la banque Renault), ce qui aide.
À prévoir côté entretien courant :
- Vidanges régulières (tous les ans ou 15 000/20 000 km, à adapter selon ton usage)
- Contrôle des freins plus fréquent si tu fais beaucoup de routes de montagne
- Surveillance de la géométrie si tu roules fort et que tu touches souvent les trottoirs ou nid-de-poule
- Remplacement des pneus : usure rapide si conduite sportive, surtout à l’arrière
Niveau budget, il faut compter plus qu’une compacte classique, mais on n’est pas dans les tarifs d’entretien d’une supercar italienne non plus. L’important est de :
- Respecter les préconisations constructeur
- Éviter les séances « burn » inutiles, qui flinguent pneu, embrayage et frein
- Laisser le moteur chauffer avant de tirer dedans, et le laisser refroidir un minimum (quelques minutes de conduite tranquille) avant arrêt
Point à garder en tête aussi : la valeur de revente. Une A110 bien entretenue, en bon état, garde plutôt bien sa cote pour le moment. La Turini, avec son positionnement intermédiaire, devrait rester attractive sur le marché de l’occasion, surtout si la production reste limitée.
Pour qui la Turini est-elle vraiment faite ?
La Turini n’est pas là pour tout le monde. Elle ne remplacera pas une voiture familiale ou un SUV de tous les jours, sauf si tu acceptes les contraintes.
Elle fera sens si :
- Tu cherches une vraie voiture de conduite, pas juste de la puissance en ligne droite
- Tu roules régulièrement sur petites routes, cols, départementales sinueuses
- Tu veux une sportive exploitable sans être pilote chevronné
- Tu es prêt à accepter un coffre réduit et un habitacle pensé pour deux
Elle sera moins adaptée si :
- Tu as besoin de transporter souvent des passagers ou des gros bagages
- Tu ne roules quasiment qu’en ville (gâchis total, soyons honnêtes)
- Tu cherches surtout une image statutaire et beaucoup d’options luxueuses
La Turini, c’est la voiture du conducteur qui aime vraiment conduire. Pas celle de celui qui veut impressionner au feu rouge.
À retenir avant de signer : les points clés
Si tu envisages sérieusement l’achat d’une Alpine A110 Turini, voici les principaux repères à garder en tête :
- Puissance raisonnable (252 ch) mais poids plume : sensations garanties sans forcément flirter avec la prison à chaque accélération
- Châssis très équilibré : facile à prendre en main, efficace sur route sinueuse, pas piégeux
- Confort préservé pour une sportive : utilisable au quotidien si tu acceptes le côté deux places
- Habitacle simple et orienté conduite : pas d’orgie de technologies, mais l’essentiel est là
- Budget entretien supérieur à une compacte classique, mais cohérent pour ce niveau de performance
- Polyvalence limitée côté pratique (coffre, accès, rangements), mais c’est assumé
En résumé, l’Alpine A110 Turini est une vraie voiture de passionné, pensée pour le plaisir de conduite avant tout. Si tu passes plus de temps à prendre des virages qu’à faire des selfies avec ta voiture, alors c’est typiquement le genre d’auto qui mérite un essai sérieux.
